Un amaigrissement, une baisse d'appétit et de l'abattement sont souvent décrits par les propriétaires et constituent les motifs de consultation les plus fréquents avec les problèmes digestifs. L'examen clinique peut révéler une hyperthermie et une pâleur des muqueuses en relation avec une anémie ou un état de choc. Ces signes cliniques sont particulièrement marqués lors de néoplasme oesophagien.
Régurgitations, vomissements, gène à la déglutition et dysphagie en sont les principales manifestations. Leur fréquence augmente avec l'évolution de la maladie et ils sont plus ou moins marqués en fonction de la consistance des repas. Les vomissements deviennent également de plus en plus rapprochés des repas. Certains chiens ne peuvent avaler que les liquides.
Dyspnée et toux forte consécutifs à la compression du nerf vague voire de la trachée et à l'inflammation des terminaisons nerveuses. On peut parfois observer des syncopes à l'effort.
Une détresse respiratoire avec discordance, hyperthermie et abattement est notée lors de pyothorax lié à la rupture d'un granulome dans la cavité thoracique.
En cas de rupture aortique suite à la fragilisation par les migrations larvaires, on observe une dyspnée majeure précédant un état de choc hypovolémique entraînant la mort de l'animal.
La spirocercose peut provoquer des convulsions, une parésie et une paralysie (localisation larvaire erratique à la moelle épinière) et des crises d'agressivité pouvant évoquer la rage en association avec le ptyalisme et les troubles de la déglutition.
Boiteries intermittentes avec oedème, inflammation et douleur de l'extrémité des os longs atteints lors de syndrome de Cadiot-Ball (rare).
Signes cliniques aussi variés que les nombreuses possibilités de localisation erratique des larves : signes d'insuffisance cardiaque, abcès sous-cutané, nécrose de glande salivaire, prolapsus rectal...
Méthodes diagnostiques
Suspicion clinique
Un chien de plus de 6 mois présentant des signes digestifs, respiratoires et généraux vivant en zone d'endémie ou y ayant séjourné doit inciter le clinicien à rechercher la présence du parasite. Le diagnostic différentiel avec d'autres maladies parasitaires tropicales comme la dirofilariose cardiaque, l'ehrlichiose monocytaire ou l'angiostrongylose doit être réalisé.
Hématologie et biochimie
La numération-formule sanguine est intéressante et devrait être effectuée sur des chiens suspects de spirocercose pour évaluer une éventuelle anémie entre autres. Une hyperéosinophilie marquée est présente dans 32,1% des cas dans une étude, de même qu'une neutrophilie dans 32,1% des cas également.
Une autre étude a montré une leucocytose dans 82% des cas et une anémie arégénérative dans 30% des cas de sarcomes oesophagiens secondaires à une spirocercose.
Imagerie médicale
-Radiographie
Des radiographies de face et de profil du thorax peuvent s'avérer utiles au diagnostic de granulomes oesophagiens sans pour autant être un diagnostic de certitude. Il s'agit UNIQUEMENT d'un examen qui fournit une suspicion diagnostique mais qui est indispensable à l'évaluation générale de la cavité thoracique, en complément d'une fibroscopie digestive pour objectiver les cavités oesophagienne et stomacale.
La localisation la plus fréquente des granulomes est caudale à la 8
ème côte, en arrière de la base du coeur, principalement entre T8 et T10. Une dilatation oesophagienne mineure et des lésions osseuses de spondylose des vertèbres thoraciques caudales pouvant aller jusqu'au pont vertébral sont fréquemment observées (12 cas sur 15 chiens atteints de sarcome oesophagien d'une étude). Seuls des granulomes de taille supérieure à 2cm peuvent être identifiés dans cette localisation typique. Les nodules gastriques ne peuvent être visualisés sur des radiographies sans produit de contraste.
Lors d'infiltration pariétale diffuse avec des masses de faible diamètre, la radiographie peut révéler des plages de densification interstitielle en regard de la zone de projection de l'oesophage sans masse clairement identifiable, entre le coeur et le diaphragme.

En cas de tumorisation des granulomes (pas fréquent, je le répète), les masses ont souvent une densité radiographique supérieure aux granulomes non tumoraux.
La radiographie thoracique permet parfois de mettre en évidence des lésions d'anévrisme aortique mais le recours à l'artériographie à simple contraste s'avère plus utile dans ce cas.
L'utilisation de produits de contraste (barytés ou iodés selon la suspicion de perforation digestive) pour la réalisation d'un marquage oesophagien ou gastrique améliore grandement la qualité du diagnostic. En cas de suspicion de syndrome de Cadiot-Ball, des radiographies des membres atteints sont indiquées. Elles sont caractéristiques et révèlent un épaississement des corticales osseuses de la diaphyse des os longs et des phalanges et une réaction périostée lisse et régulière ou bien discontinue d'aspect palissadique. On observe souvent un épaississement des capsules articulaires et un gonflement des tissus mous en regard des lésions osseuses.
La radiographie ne permet pas de compter avec précision le nombre de masses ni d'en préciser la nature avec certitude. Le pronostic n'est pas du tout le même en présence d'un ostéosarcome oesophagien ou d'un "simple" granulome spirocercien.
-Endoscopie digestive
La méthode diagnostique de choix réside dans l'utilisation de l'endoscopie digestive par voie haute sous anesthésie générale, qui permet de mettre en évidence les granulomes dus aux parasites dans la paroi de l'oesophage ou de l'estomac (toujours près du cardia) dans 100% des cas. Les nodules sont de nombre et de taille variable : de 1 à plus de 10 et de quelques millimètres à plusieurs centimètres. Il peut s'agir de simples soulèvements de la muqueuse oesophagienne, de véritables kystes operculés (orifices par lesquels les femelles pondent leurs oeufs) ou de volumineuses masses arrondies pouvant obstruer la lumière oesophagienne et engendrer un mégaoesophage (complication fréquente mais non systématique). Alors que les granulomes sont généralement recouverts d'une muqueuse oesophagienne d'aspect lisse et régulier, les tumeurs secondaires à l'infestation ont le plus souvent un aspect irrégulier, inflammatoire et sont ulcérées à leur surface.
Un suivi de l'efficacité du traitement peut être réalisé par endoscopie également. Idéalement, il faudrait réaliser une endoscopie systématique lors de suspicion pour poser le diagnostic et "évaluer les dégâts", et quelques temps après la fin du traitement pour en vérifier l'efficacité.
Coproscopie
C'est un examen simple pouvant être réalisé durant la consultation mais qui est d'interprétation très difficile.
La présence d'oeufs dans le prélèvement de selles est aléatoire. Elle dépend de la présence de femelles adultes, de leur nombre, de la communication des kystes avec la lumière digestive et de la fréquence de ponte.
L'examen doit être rigoureux et intéresser la totalité du prélèvement. Les oeufs étant de petite taille et se confondant souvent avec les matières fécales, les faux-négatifs sont nombreux en utilisant cette technique comme seul diagnostic de certitude de spirocercose.
Ce n'est pas une méthode de diagnostic précoce puisqu'il faut attendre la fin de la période prépatente (jusqu'à 9 mois) pour que les femelles commencent à pondre. L'animal peut déjà avoir des signes cliniques de la maladie avant que l'on puisse observer des oeufs.
La majorité des chiens atteints de sarcomes oesophagiens secondaires aux granulomes ont un examen coproscopique négatif au moment du diagnostic.
Autres
Il n'existe pour l'instant aucun test permettant le diagnostic sérologique de la maladie.
La spirocercose étant fréquemment asymptomatique, elle se découvre souvent à l'autopsie.
Prophylaxie
Celle-ci est difficile à mettre en place étant donné le nombre important d'HI et HP pouvant transmettre les larves du parasite. Il est illusoire de vouloir se débarrasser de toutes ces espèces dans le milieu de vie des hôtes définitifs. Tout au plus pouvons-nous les limiter pour les animaux domestiques vivant sous la surveillance de leur propriétaire.
Il faut dans la mesure du possible éviter de donner à manger aux chiens tout ou partie de ces hôtes, particulièrement du poulet cru (la cuisson détruit les larves).
La meilleure prophylaxie serait donc de limiter le nombre d'oeufs libérés dans la nature.
Le dépistage et le traitement des chiens infestés qui constituent un réservoir de la maladie sont des moyens d'en limiter l'expansion. La prophylaxie passe également par la maîtrise des populations de chiens errants, nombreux dans les régions touchées par le parasite.
Les crottes devraient être ramassées et détruites régulièrement.
Les chiens infestés asymptomatiques posent problème car ils n'expriment pas de signes cliniques permettant de les soupçonner d'entretenir la parasitose.
Dans une étude récente, une chimioprophylaxie à base de doramectine injectée par voie sous-cutanée tous les mois avant une infection expérimentale n'a pas entièrement protégé contre le parasite mais a réduit les signes cliniques associés, retardé la ponte et diminué le nombre d'oeufs émis par rapport à un groupe de chiens non traités.
Un protocole utilisant la doramectine ou l'ivermectine tous les mois ou tous les 2 mois est utilisé dans certaines régions endémiques afin de tuer les larves en cours de migration à un stade précoce du cycle. L'efficacité de tels protocoles n'est pas avérée.
Pronostic
Le pronostic dépend de plusieurs facteurs : du nombre, de la taille et de la localisation des nodules ainsi que de la précocité du diagnostic et de la mise en oeuvre d'une thérapeutique adaptée.
Il est toujours réservé compte tenu de la tumorisation possible des nodules oesophagiens et de complications fatales comme la rupture aortique aiguë lors des migrations larvaires. Les sarcomes oesophagiens secondaires à l'infestation parasitaire par Spirocerca lupi sont de mauvais pronostic ; un traitement chirurgical, lorsqu'il est indiqué, peut néanmoins prolonger la durée de vie des chiens de plusieurs mois et améliorer nettement leur qualité de vie.
Même si les antiparasitaires arrivent à atteindre les vers et à les détruire, la plupart des lésions sont irréversibles et les animaux peuvent conserver des séquelles à vie.
Conclusion
La spirocercose est une maladie parasitaire potentiellement mortelle à l'origine de manifestations cliniques variées. Le recours à des examens complémentaires comme l'imagerie médicale est nécessaire au diagnostic définitif, qui doit être le plus précoce possible en raison du caractère rapidement évolutif des lésions. Le traitement repose principalement sur l'emploi d'avermectines, non dénuées de risques toxiques pour l'animal. Elle est d'une importance clinique majeure dans les DOM-TOM et en constante augmentation dans de nombreuses régions comme Israël, le sud des Etats-Unis et l'Afrique du sud. Des recherches sont en cours pour le développement d'un diagnostic sérologique spécifique et l'amélioration des protocoles thérapeutiques.
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