Parlons un peu de la spirocercose: pitite maladie tropicale comme je les aime...
Derrière ce doux nom se cache une maladie des canidés (parfois aussi des félidés) pas franchement sympa. C'est une maladie parasitaire due à un ver rond (Spirocerca lupi) qui sévit dans les zones tropicales et sub-tropicales des continents Amériain, Asiatique et Africain. Les DOM-TOM et particulièrement Antilles, Guyane et Réunion sont largement concernés. Les animaux s'infestent en ingérant les larves contenues dans les insectes coprophages ou les animaux s'en nourissant (lapin, volatiles divers, geckos, chauve-souris...). On estime que 70% des chiens errants à la Réunion sont porteurs du parasite. A l'état adulte, on le retrouve dans la paroi de l'oesophage (95%) et de l'estomac (5%). Sa migration larvaire jusqu'à ces endroits se faisant par l'endothélium des artères et capilaires, il provoque des lésions d'anévrisme à vie (rupture possible chez les jeunes surtout). Bien que la plupart des naimaux n'en souffrent pas, il est important de détecter la présence du parasite et de l'erradiquer puisqu'il peut provoquer de graves troubles digestifs, de la toux, un amaigrissement, de l'abattement, de l'anémie...C'est bien simple: tout chien amené en consultation pour trouble digestif, toux, hyperthermie, abattement, amaigrissement ou dysorexie est pour moi suspecté d'être porteur (en plus d'être suspect de pleins d'autres trucs bien sûr!). Le ver donne des granulomes dans la paroi digestive en s'enkystant; ces granulomes peuvent être responsables à terme de tumeurs sarcomateuses (dans 5-10% des cas) et/ou d'un syndrome de Cadiot-Ball (excroissances sur le périoste de la diaphyse distale des os longs).
Le diagnostic de certitude est établi par endoscopie digestive (visualisation des kystes) au terme de la migration larvaire (de 4,5 à 9 mois). Des radios thoraciques peuvent mettre en évidence les granulomes de plus de 2 cm, le plus souvent entre T8 et T10. On peut faire des marquages en cas de doute. On peut noter une spondylose des vertèbres thoraciques caudales dans environ 30% des cas. La copro est inconstante et difficile car les oeufs embryonnés sont très petits. La NF peut nous donner une anémie (régénérative ou pas) et/ou une éosinophilie qui sont inconstantes (quand on a plus de 1500 éosinos, c'est quasi-diagnostic d'une migration larvaire). Il paraitrait qu'on peut aussi avoir une hausse des PAL, des CK et des PT mais c'est tellement peu caractéristique...Personnellement, mon bilan de base est : NFS, radio thoracique de profil, +/- face si doute, test diro/ehrlichiose/lyme car il y a souvent co-infection. Endoscopie d'emblée après une radio thoracique ou à la toute fin si vraiment on a des doutes sur une spiro.
Une fois le ver détecté par la ou les méthodes de notre choix, on réalise une série d'injections d'averméctines (ou de nitroxinyl si c'est un colley, bobtail ou un lévrier) à bonne dose. Le plus souvent, c'est 6 fois à 2 semaines d'intervalle mais ça peut être plus que ça s'il reste des kystes. Maintenant si c'est tumorisé, on peut lui appliquer le protocole "six feet under". La prévention: ivomec tous les mois, ramasser les crottes de son chien, ne pas lui donner de poulet cru (la cuisson détruit les larves) et quitter au plus vite les DOM-TOM...il n'existe pas encore de petit comprimé blanc miraculeux qui puisse guérir ou prévenir la maladie efficacement. Un p'tit conseil à mes amis vétos qui ont des clients qui emmènent régulièrement leurs animaux en zone à risque: faites une NF 3 et 6 mois après le retour et une radio thoracique à 6 mois.
Sinon injection d'ivo 0,4 mg/kg au retour de voyage, ça fera les larves de filaires en plus.